Les "Poulidor" de la Formule 1 : Les pilotes français

Publié le par Masta

Les "Poulidor" de la Formule 1 : Les pilotes français

La France ne compte qu’un seul Champion du Monde dans l’Histoire mais non des moindres, Alain Prost. Le Professeur reste l’un des plus grands pilotes de sa discipline et détenait la majorité des records que Michael Schumacher s’est par la suite approprié : victoires, meilleurs tours en course, points marqués...C’était à une époque où les pilotes français pullulaient, où les talents étaient extrêmement nombreux et la route vers l’élite plus dégagée qu’aujourd’hui avec le soutien de la fameuse Filière Elf.

Ainsi, si Prost est le seul à avoir décroché le Graal, bon nombre de ses compatriotes auraient mérité de faire de même. Les observateurs sont unanimes, Jackie Stewart le premier : François Cevert serait devenu Champion du Monde, très probablement en 1974. Cette année-là, aucun pilote n'est réellement sorti du lot et Jody Scheckter, pourtant quasi-débutant, resta dans la course jusqu'à la manche de clôture avec Tyrrell. Il n'est pas difficile d'imaginer ce que Cevert aurait pu faire en comparaison, étant arrivé à maturité aux côtés de Stewart en 1973.

Mais au moment où les espoirs français envahissaient les grilles de départ, le premier à s'être concrètement rapproché du sacre comptait parmi les amis de Prost : Jacques Laffite. Ayant débuté sur le tard, le Français s’est surtout fait connaître pour avoir disputé l’essentiel de sa carrière avec Ligier. On lui doit la première victoire franco-française (pilote-châssis-moteur) en Suède en 1977 et a terminé trois fois d’affilée quatrième au championnat de 1979 à 1981.

La première année avait commencé en fanfare avec deux victoires de rang mais le développement n'a pas suivi et Ferrari remporta la mise. Deux ans après, il n’était que mathématiquement en lice pour la finale à Las Vegas (après une splendide démonstration sous l'averse à Montréal) et une mauvaise stratégie l’exclut définitivement de la lutte. Son accident de Brands Hatch en 1986 mit fin à sa carrière longue de 176 Grands Prix, ce qui était alors le record.

Au départ pilote unique pour la firme de Vichy, il connut à partir de 1979 la concurrence interne avec l’arrivée de Patrick Depailler. Pilote discret quoique casse-cou (il se blessa en moto en 1973 alors qu’il devait piloter la troisième Tyrrell en fin de saison), sa pointe de vitesse était réelle. Elle mit cependant du temps à exploser aux yeux de tous, sa Tyrrell n’étant au choix pas assez compétitive ou manquant de fiabilité au pire moment. Sa victoire à Monaco en 1978 fut unanimement applaudie et nul doute que son accident de deltaplane courant 1979 contribua à la chute de Ligier, étant un meilleur metteur au point que Laffite. Remis sur pied l’année suivante en plaçant sa lourde Alfa Romeo sur les premières lignes, il se tua en essais privés à Hockenheim.

Le second équipier de Laffite fut Didier Pironi, également ex-équipier de Depailler. Avec l’ex-commentateur de TF1, Pironi fut celui qui s’approcha le plus du couronnement. Sa saison 1980 pour les Bleus impressionna Enzo Ferrari qui l’engagea aux côtés de l’enfant chéri Gilles Villeneuve. Plus cartésien que le Petit Prince, le Français resta dans l’ombre en 1981 avec une Ferrari indomptable mais se révéla une fois celle-ci au point. Hélas la controverse entourant le Grand Prix de Saint-Marin 1982 scella la rupture entre les deux équipiers. On intima aux pilotes de ralentir, Villeneuve comprit que les positions étaient gelées, Pironi l’interpréta autrement et déborda son ami... Le Canadien ne lui pardonna jamais et se tua à Zolder en essayant désespérément de battre le tour chrono de son nouvel ennemi.

Si Pironi réussit à se maintenir en tête du championnat grâce à une belle régularité, son moral restait atteint. D’un naturel plus réfléchi que le défunt Quebecois, il se laissa pourtant piéger à son tour en essais à Hockenheim sous la pluie battante. Aveuglé par les projections d’eau, il ne leva pas le pied et décolla sur la Renault de Prost, qui resta choqué par cet incident au point de ne plus prendre de gros risques sous la pluie. Manquant d’être amputé sur place, il ne récupéra jamais un usage optimal de ses jambes. Il mourut cinq ans plus tard lors d’une course d’off-shore, où il s’était reconverti après quelques essais infructueux en F1.

La saison 1982 fut si mouvementée que Pironi finit malgré tout deuxième du championnat à neuf points de Keke Rosberg ! Mieux encore, Patrick Tambay était en mesure d’y parvenir bien qu’il prit la saison en cours ! Grand ami de Villeneuve, il eut l’honneur de le remplacer après sa disparition. Après des années de galère dans des équipes en difficulté (y compris McLaren), il remporta deux victoires émouvantes en Allemagne 1982 et à Imola en 1983. Soit respectivement au lendemain de l’accident de Pironi et un an après la dernière course de Villeneuve...

Tambay ne put se mêler à la lutte en 1982 à cause d’un souci de dos qui lui fit manquer deux courses, tandis qu’il fut exclut de la lutte finale à une course de la fin en 1983. Il finit sa carrière chez Renault puis Beatrice Haas et laissa Rene Arnoux maintenir un mince espoir de sacre. Le Grenoblois épaula Jean-Pierre Jabouille dans la montée en puissance de Renault pour mieux s’embrouiller avec Alain Prost après n’avoir pas respecté la consigne - encore - au Grand Prix de France 1982...

Le public prit parti pour Arnoux dans l’histoire - son duel légendaire de Dijon 1979 avec Villeneuve aidant - mais la fiabilité trop aléatoire de la Renault puis une Ferrari manquant de souffle privèrent ce dernier de rejoindre Prost. Son renvoi en début de saison 1985 par la Scuderia après une seule course reste encore trente ans après un grand mystère. Sa carrière s’acheva chez Ligier, bien loin des espoirs de 1979.

Les années suivantes virent d’autres jeunes pousses tricolores remplir les grilles mais sans jamais disposer de la monoplace optimale. On attend encore un successeur à Olivier Panis, dernier vainqueur français en 1996 et parfait outsider en 1997 avant son accident de Montréal. Quant à Jean Alesi, il a toujours été au mauvais endroit au mauvais moment...

De gauche à droite : Jarier, Laffite, Alliot, Prost, Bernard Bakalian (photographe personnel de Prost), Tambay, Arnoux, Hesnault et Jabouille

De gauche à droite : Jarier, Laffite, Alliot, Prost, Bernard Bakalian (photographe personnel de Prost), Tambay, Arnoux, Hesnault et Jabouille

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