Les équipes à une seule victoire : petit miracle et juste récompense

Publié le par Masta

Les équipes à une seule victoire : petit miracle et juste récompense

Si l'inconscient collectif retient davantage le nom du pilote vainqueur ou titré, il ne faut pas oublier que la Formule 1 reste un sport d'équipe avec un championnat des constructeurs prévu pour récompenser les meilleurs équipages. Certains d'entre eux préfèrent même se concentrer sur le collectif au détriment de l'individu, Williams étant le plus bel exemple. Une chose est sûre, outre Ferrari que tout le monde connaît, les noms de McLaren, Brabham, Tyrrell ou Lotus pour ne citer que ceux-ci font partie de l'Histoire.

D'autres équipes se sont faites plus discrètes alors qu'elles ont connu un certain succès, même éphémère, que ce soit par mérite ou par opportunisme. Pour huit d'entre elles (neuf en incluant la marque Kuzma aux 500 Miles d'Indianapolis, qui comptaient pour le championnat dans les années 50), ce fut sans lendemain puisqu'elles ne sont montées qu'une seule fois sur la plus haute marche.

Parmi celles-ci figurent Porsche. Le recordman de victoires aux 24 Heures du Mans a connu du succès en tant que motoriste pour McLaren sous l'égide TAG dans les années 80 mais la marque s'est bien engagée en son nom propre en 1961 et 1962. Avec des décisions originales pour l'époque – refroidissement par air, freins à disque fabriqués en interne, barres de torsion – elle connut les lauriers de la victoire en France en 1962 grâce à Dan Gurney pour qui c'était également le premier triomphe, mais principalement grâce aux abandons des concurrents. Sa 804 était certes un superbe "cigare" mais la fiabilité n'était pas optimale et le constructeur sentait que la catégorie ne leur convenait pas, d'où leur retrait en fin de saison.

Gurney se recasa chez Brabham avant d'imiter "Black Jack" pour fonder sa propre équipe, Eagle. La T1G au bec d'aigle et à la livrée bleu nuit typiquement américaine reste l'une des plus belles F1 de l'Histoire mais elle n'était pas plus résistante que la Porsche et beaucoup voyaient le grand Américain – aussi bien par la taille que le talent – se fourvoyer dans cette entreprise. Si cela se vérifia hélas au niveau de son palmarès personnel, il remporta le Grand Prix de Belgique 1967 (sa dernière victoire) et fait aujourd'hui partie du club bien fermé des pilotes vainqueurs au volant de leur propre monoplace. Et encore, il faillit doubler la mise au Nurburgring la même année. Deux juges de paix qui témoignaient de l'habileté de Gurney, mal récompensée mais au moins avait-il survécu à cette époque particulièrement fertile en accidents mortels..

Les années 70 ne furent pas beaucoup plus sympathiques à ce niveau mais cela n'empêchait pas certains de s'amuser autant que possible. Hesketh en reste un exemple flagrant avec son ourson coiffé d'un casque faisant office de logo et sa devise légendaire, "Sex, Breakfast of Champions" ! Lord Alexander Hesketh dépensa la fortune familiale dans le sport auto et s'amena en cours de saison 1973 en F1 avec. Après tout, l'équipe se traînait en F2 alors autant le faire dans la cour des grands, ça ne coûtait pas beaucoup plus cher pensait-il ! Après trois années de débauche, il lâcha l'affaire fin 1975 – bien que son équipe perdura encore peu après – non sans avoir révélé l'ingénieur Harvey Postlethwaite et James Hunt aux yeux du grand public. L'exubérant Britannique collectionna les places d'honneurs sur une monoplace dépourvue de sponsors et s'imposa à Zandvoort la même année devant son futur rival Niki Lauda. L'Histoire était en marche, au point d'intéresser Hollywood...

Autre nom mythique pour les amateurs de sport auto qui a connu un succès surprise en F1 : Penske. Si la marque compte des victoires et titres par paquet de dix de l'autre côté de l'Atlantique, Roger Penske – lui même ancien pilote, y compris en F1 ! – ne compte qu'une victoire ici, quoique émouvante. Son pilote fétiche Mark Donohue se tua en essais sur l'Osterreichring en 1975 avant que John Watson n'ouvre son compteur de victoire (encore) l'année suivante sur le même tracé, souvent théâtre des premières (ou dernières) douches au champagne. Tout comme les mécaniciens de Porsche une décennie plus tôt, il fêta cette délivrance en se rasant ! Constatant qu'il lui fallait choisir entre les États-Unis et la F1 pour réussir, Penske repartir vers l'Ouest en fin de saison pour ne plus revenir.

Les États-Unis ne pouvaient plus compter que sur Shadow et encore : l'équipe était basée en Angleterre et passa sous licence britannique en 1976. Don Nichols se lança en 1973 comme Hesketh et fit quelques belles prestations grâce à Jean Pierre Jarier, éternel malchanceux en 1975 alors qu'il signa deux superbes poles position. Tom Pryce fut au moins aussi méritant avant le tragique accident de Kyalami 1977, lorsqu'il percuta un commissaire à pleine vitesse pour finir décapité par l'extincteur... L'équipe se consola quelques mois plus tard avec son seul succès en Autriche, comme Penske. Là encore, ce fut une première pour l'équipe comme pour le pilote, en l'occurrence Alan Jones. L'Australien fera des étincelles avec Williams alors que l'équipe souffrira de la scission à la fin de l'année d'une partie du personnel qui fondera sa propre équipe... Arrows. Malgré les efforts de quelques très bons pilotes comme Elio De Angelis, l'équipe ferma boutique en 1980.

Plus proche de nous, Jackie Stewart prépara le terrain pour Ford à partir de 1997. Avec une SF3 efficace, Rubens Barrichello anima souvent le peloton mais c'est Johnny Herbert qui décrocha la timbale au cours d'un Grand Prix d'Europe mémorable tant il fut chaotique. Mieux encore, la Prost de Jarno Trulli s'intercala entre les deux monoplaces blanches, d'où un podium consacrant deux des plus grands pilotes de la discipline devenus patrons d'équipe... Ironie du sort, Jaguar ne fit pas aussi bien au cours de ses cinq années de présence, alors que BMW resta une année de moins pour là-aussi, un seul succès. Robert Kubica s'ajouta à la liste des pilotes ouvrant leur compteur en même temps que l'équipe. Hélas, trois fois hélas, le Polonais n'allait plus jamais rééditer cette performance et son accident début 2011 en rallye l'en empêchera définitivement. BMW s'éclipsa suite au contexte économique difficile fin 2009 et laissa Sauber revenir à la barre.

La dernière équipe avec une seule victoire à son palmarès est Toro Rosso. Drôle de destin quand on sait qu'il s'agit de l'ancienne équipe Minardi rachetée par Red Bull pour en faire son junior team. Celui-ci révéla Sebastian Vettel, vainqueur surprise à Monza en 2008 sous la pluie, le tout à la régulière. Il reste le plus jeune vainqueur de l'Histoire (21 ans) mais au rythme où vont les choses, ce record ne va plus tenir très longtemps...

Penske ne faisait aucun mystère sur sa nationalité au vu de sa livrée.

Penske ne faisait aucun mystère sur sa nationalité au vu de sa livrée.

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