Prost position : 10 leçons du Professeur (2/2)

Publié le par Masta

Prost position : 10 leçons du Professeur (2/2)

Alain Prost n'est pas devenu "le Professeur" par hasard : le Français disputait ses courses avec le plus grand discernement et une intelligence indéniable. De plus, jamais un pilote n'était allé aussi loin dans la mise au point de ses monoplaces. Le Français cherchait le plus infime des détails qui pouvait faire la différence et savait se souvenir des points essentiels, ce même des années après.

Ainsi, les anecdotes illustrant la personnalité et/ou la réussite d'Alain Prost durant sa carrière de pilote sont légion. Retour sur 10 moments avec le commentaire du Professeur lui-même (Source principale "Maître de mon destin", Michel Lafon, 1988)

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→ McLaren, Australie 1986. Un final rentré dans l'histoire avec "un petit Français au nez cassé et tordu qui nous a bien eus" à entendre Nelson Piquet. Il faut dire que lui et Nigel Mansell dominaient grâce à leur Williams-Honda mais Prost est resté en lice jusqu'au bout en profitant de leurs erreurs et en tablant sur sa régularité. Il eut même droit à un petit coup de pouce du destin à Adélaïde avec sa crevaison. En effet l'état impeccable de ses pneumatiques fit croire aux ingénieurs de Goodyear que leurs gommes pouvaient durer toute la course. En vérité, c'était le style coulé du Professeur qui permit cela puisque son équipier Keke Rosberg – son antithèse en piste – déchapa à cause de pneus en fin de vie. Le temps que Goodyear se ravise et prévienne les pilotes, Mansell explosa littéralement son pneumatique et Piquet repartit derrière Prost après son arrêt. La voie était libre pour le Français qui décrocha son plus beau titre mondial. Soichiro Honda en fut soufflé et félicita personnellement son futur pilote pour sa performance.

"Je peux dire qu'à ce moment précis, je n'en menais pas large car au bout de toutes ces péripéties, il y avait la consommation d'essence et, de ce côté-là, je n'avais pas eu le temps de ménager mes ressources. A deux tours de l'arrivée, ma jauge était à zéro. Piquet jouait son dernier atout en cravachant tant et plus mais sur la ligne d'arrivée, il restait quatre secondes entre nous. Les quatre secondes les plus longues de ma vie au bout desquelles je laissais exploser ma joie […]. Le lendemain, il y avait devant la porte de chaque chambre du long couloir de l'hôtel les journaux du matin. Le titre : "Prost, champion d'un thriller à Adélaïde""

McLaren, Brésil 1987. Quelques mois plus tard, non seulement Williams dominait toujours mais en plus, le nouveau châssis arriva tardivement, d'où une mise au point compliquée durant le week-end. Le tout sans compter une nouvelle équipe avec le départ de John Barnard et l'arrivée de Gordon Murray. Prost, disposant d'une mémoire assez incroyable, reprit alors tout à zéro, constatant que sa monoplace est de la même lignée que les précédentes. Il réduisit notamment les appuis puisque les McLaren étaient déjà assez chargées naturellement et reprit grosso modo les mêmes réglages que les années passées. Au warm-up, il récupéra une monoplace compétitive et remporta la course. Il avait étonné son monde, y compris dans sa propre équipe.

"C'était une décision difficile car Gordon ne l'approuvait pas et je ne souhaitais pas créer des problèmes au sein d'une nouvelle équipe en train de se chercher. Néanmoins le warm-up prouva que j'avais vu juste […]. Durant le briefing qui suivit, je compris que j'avais impressionné mon monde. Ron Dennis riait, ce qui était plutôt rare chez lui et [Stefan] Johansson hochait la tête, admiratif".

→ McLaren, 1988. Avez-vous tout entendu sur la rivalité Prost-Senna ? Voici comment le Professeur entama les hostilités une fois les deux dans la même équipe.

"Pour lui montrer que chez McLaren, on partageait tout, je lui fis une petite farce. Je devais prendre le volant pour essayer un certain nombre de choses sur ce circuit de Rio, puis il était contenu que les mécaniciens mettraient des pneus neufs sur la voiture et qu'à son tour, il me relaierait. […]. Je dis donc tous mes essais puis je rentrais aux stands et tandis que les mécaniciens mettaient des pneus neufs, je restai impassible au volant. Ayrton n'était pas content, il tournait en rond dans les stands en maugréant "ce n'est pas juste, ce n'est pas juste". Lorsque les pneus furent installés et les crics délestés, je dégrafai mon harnais".

→ Ferrari, Mexique 1990. Probablement la plus belle victoire du Français. Personne ne le voyait gagner en partant de la treizième place, sauf lui. Constatant que sa monoplace allait aussi vite avec le plein qu'à vide et conscient de sa difficulté à mettre en température les pneus de qualifications à cause de son style de pilotage, il sacrifia volontairement son samedi afin de mettre le doigt sur le réglage parfait pour la course. Ce qu'il fit, lui permettant de remonter sans trop tirer sur ses pneumatiques, contrairement aux McLaren. Berger dut changer prématurément de pneus et Senna déchapa en fin de course. Prost remporta la course à la surprise générale et entama une série de trois victoires d'affilée dont la centième de Ferrari au Grand Prix de France.

"Dans un tel moment, on oublie les jours sombres et les heures difficiles. On repousse tout, les polémiques, les accusations, les exagérations. Pour moi, cette victoire valait une couronne mondiale !"

→ Ferrari, Japon et Australie 1991. Un an et demi après, le torchon brûlait entre le pilote et son équipe, celle-ci ayant pêché par conservatisme et se minant avec les luttes de pouvoir incessantes depuis la mort d'Enzo Ferrari. Résultat, Prost ne remporta pas la moindre victoire, une première depuis 1980 ! Pire encore, après avoir comparé la direction de sa voiture à un camion à Suzuka, le Professeur fut renvoyé par sa hiérarchie alors qu'il négociait un poste de directeur sportif en plus de son rôle de pilote ! Le comble fut atteint quinze jours plus tard lorsque Luca Di Montezemolo, remplaçant le président de Ferrari viré à son tour, rappela Prost pour l'engager à nouveau !

"Ils ont saisi un prétexte quelconque et je leur ai malheureusement fourni. Je n'ai jamais dit que ma Ferrari était un camion, j'ai dit que la direction était aussi dure qu'un camion. Là encore, la presse a déformé mes propos et fait croire que j'avais comparé ma monoplace à un camion. Or, lorsqu'au procès [Prost avait attaqué l'équipe pour la rupture de contrat] on a voulu faire passer le film de l'interview, il n'a jamais été possible de le retrouver. Bizarre, non ?"

A suivre, d'autres commentaires du Professeur...

Deux des plus grands de l'Histoire...

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