Eddie Irvine : cadeaux empoisonnés

Publié le par Masta

Eddie Irvine : cadeaux empoisonnés

En tant que pilote, Eddie Irvine s'est surtout distingué pour son passage chez Ferrari de 1996 à 1999 où il resta dans l'ombre de Michael Schumacher. Néanmoins, le Nord-Irlandais n'a pas été engagé par la Scuderia par hasard.

On l'oublie peut-être mais Irvine fait partie du cercle fermé des pilotes ayant marqué un point dès leur premier Grand Prix. Si Ayrton Senna n'a guère apprécié de voir le rookie récupérer son tour de retard, Irvine était parfaitement dans le rythme sur un tracé qu'il connaissait par cœur pour son passage au Japon. C'était d'ailleurs pour son expérience du terrain que Jordan l'engagea et au vu de sa prestation d'ensemble (huitième le samedi, sixième sous la pluie le dimanche), décida de le conserver pour deux saisons supplémentaires.

Il se fit remarquer dès l'ouverture au Brésil où il fut impliqué dans un carambolage où la Benetton de Jos Verstappen s'envola spectaculairement. Il paya son imprudence et fut suspendu pour une course, puis trois en appel ! Il remit le couvert en Italie en touchant Johnny Herbert au départ, provoquant un embouteillage général, d'où une course de suspension avec sursis. Si Barrichello conserva l'avantage dans l'ensemble, Irvine se défendit bien à l'occasion avec notamment une quatrième place à Jerez et une cinquième à Suzuka. Ce fut mieux encore en 1995 où il profita de la baisse de régime du Brésilien, craquant sous la pression de l'après-Senna. Il monta sur son premier podium au Canada, enchaîna les Top 10 en qualifications et collecta quelques belles places d'honneur en Espagne, au Nurburgring et au Japon malgré des rivaux manquant de l'éliminer à quelques reprises..

Ferrari envisagea un temps de recruter Barrichello avant de se tourner vers son équipier. Aucun mystère sur la raison de son engagement : dès le deuxième tour du premier Grand Prix, Irvine laissa passer Schumacher ! Déjà peu gâté par la mécanique en 1995, Irvine enchaîna les galères avec neuf abandons consécutifs à partir de Monaco où il joua des coudes avec Frentzen, Panis et enfin Salo et Hakkinen ! Reste un beau podium à Melbourne derrière les intouchables Williams.

Il fut plus convaincant en 1997 où il frôla la victoire à Buenos Aires face à son ami Jacques Villeneuve, qu'il avait pourtant éliminé à Melbourne... Irvine lui résista en retour à Magny-Cours pour la dernière marche du podium et termina également troisième à Imola et à Monaco sous une pluie battante. Mieux encore, il se permit de dominer la course à Suzuka avant de laisser passer son chef de file pour bloquer les Williams. Hélas, le bon côtoya le mauvais de très près : il termina en fond de classement au Brésil (le mulet réglé pour son équipier n'aidant pas) et bloqua volontairement Panis et Alesi à Barcelone pour favoriser la remontée de Schumacher alors qu'il comptait un tour de retard.. Ce même Alesi fustigea également sa conduite après un accrochage en Autriche...

Il trouva enfin la clé de la régularité en 1998 avec huit podiums (quatre d'affilée de Monaco à Silverstone) et onze arrivées dans les points en seize courses. Il remonta du bas du classement à Montréal après une crevaison, réussit à maintenir Mika Hakkinen derrière lui à Magny-Cours et limita au maximum les dégâts à Suzuka lors du titre mondial du Finlandais. Il continua sur sa lancée lors de la première moitié de 1999 : en dehors d'une casse moteur à Imola, il finit chaque course dans le Top 6. Surtout, il remporta enfin sa première victoire à Melbourne, bien aidé il est vrai par les abandons des McLaren et les ennuis de son équipier. Ce fut bien plus spectaculaire à Montréal où il remonta après un accrochage avec David Coulthard, avec de beaux dépassements.

C'est alors que survint la blessure de Schumacher à Silverstone. Déjà relativement agacé par une énième consigne à Magny-Cours alors que l'Allemand connaissait des soucis de boîte, Irvine pouvait enfin prendre son envol. S'il ne décrocha jamais la pole position de toute sa carrière - Hakkinen étant le maître du tour chrono à ce moment - il s'adjugea trois nouvelles victoires. Sa plus convaincante reste celle sur l'A1 Ring où il devança les deux McLaren. Si Hakkinen a été relégué en fond de classement par son équipier, Coulthard fut, lui, battu à la régulière. En Allemagne, David multiplia les gaffes et Hakkinen enchaîna les ennuis... mais c'est Mika Salo, remplaçant de Schumacher, qui fit une démonstration, du moins, jusqu'à l'intervention de Radio Todt. Bon prince, Irvine offrit le trophée au Finlandais, vainqueur moral de l'épreuve.

Cependant, Ferrari baissa en performance par la suite, entre un mauvais développement et un châssis endommagé pour Eddie, qui profita cela dit des erreurs des pilotes McLaren pour mener un temps le championnat. Un Grand Prix d'Europe chaotique plus tard (septième non sans un premier arrêt gag où un pneu n'était pas prêt), Schumacher revint à la compétition pour mieux faire comprendre qui était le patron. Pole position et course dominée, juste pour laisser passer Irvine... deux fois. Le Britannique aura ce commentaire pour le moins explicite : "Michael est écoeurant, non seulement il est le meilleur N°1 mais il est également le meilleur N°2". Hélas, il sembla craquer sous la pression au Japon avec un gros crash en essais et une troisième place en course sur son circuit fétiche, bien loin de Hakkinen, double champion, et Schumacher...

Irvine se recasa chez Jaguar afin d'obtenir un meilleur statut et un meilleur salaire, ce qu'il n'a jamais caché. Hélas, l'ingérence de l'ex équipe Stewart fut criante durant ces premières années avec de multiples changements de directeurs et le pilote n'avait pas la mentalité d'un meneur de troupes. Il se contenta donc d'exploits isolés : sixième en qualifications à Interlagos en 2000, quatrième à Monaco la même année, troisième un an après sur le même tracé et à Monza en 2002, pour ne citer que des performances davantage dues au pilote et la monoplace qu'aux circonstances de course. Le reste du temps, Irvine subit et ne fit pas spécialement honneur au constructeur américain, lequel ne se faisait pas honneur non plus, il est vrai. Reste le beau geste de Spa 2001 où il aida les commissaires à dégager du mur de pneus la Prost de Luciano Burti, avec laquelle il s'était accroché.

L'équipe fit table rase du passé fin 2002 en virant une soixantaine d'employés, parmi lesquels Niki Lauda, alors directeur général, et ses pilotes. Pas plus tenté que cela par le défi Jordan, et inversement, Irvine tira sa révérence, sans tambours ni trompette. Il acheva sa carrière à Suzuka, là où tout avait commencé neuf ans plus tôt.

A défaut de briller sur la piste, les Jaguar en jettaient niveau look

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