Les victoires hommages : le hasard fait bien les choses...

Publié le par Masta

Les victoires hommages : le hasard fait bien les choses...

"The Show Must Go On" chantait Queen. En effet, la vie ne s'arrête jamais. Il faut continuer, malgré l'absence pesante de l'être proche disparu. Un sentiment bien présent en Formule 1 jusqu'au début des années 80 au moins. Parfois, il fallait reprendre le volant à peine quelques minutes après la mort d'un des leurs. Jackie Stewart, qui a contribué de près ou de loin à raréfier ces drames, était un de ceux-là : la séance de qualifications n'était pas terminée après que Jochen Rindt ait empalé sa Lotus contre un poteau à Monza. Les larmes aux yeux, il se qualifia en deuxième ligne sur une March qui n'a jamais été très docile, et largement devant ses équipiers. Parmi ceux-ci figuraient Jo Siffert et le jeune François Cevert, qui allaient respectivement disparaître un et trois ans plus tard...

D'autres pilotes ou équipes furent tout aussi touchés par les vicissitudes du destin. Pourtant, celui-ci a su se montrer plus juste à l'occasion, si bien que des hommages impromptus, mais non moins émouvants, permirent d'apporter du baume au cœur des observateurs.

Le cas le plus frappant reste celui de Patrick Tambay. Issu comme beaucoup de la fameuse Filière Elf, le Français a dû attendre la disparition de son grand ami Gilles Villeneuve pour briller en 1982. Il fut recruté par McLaren au moment où l'équipe sombrait dans une crise que seule l'arrivée de Ron Dennis résorba et son intérim chez Ligier en 1981 se révéla particulièrement malchanceux. Or, lors du Grand Prix d'Allemagne, alors que Didier Pironi vit sa carrière s'interrompre sous l'averse en essais, Tambay monta sur la plus haute du podium, presque par accident. Certes, Patrick ne manquait pas de talent et sa Ferrari était parfaitement au point, mais il fallut l'accrochage entre Nelson Piquet et Elizeo Salazar pour cela.

On pourrait dire que cette victoire intervenait à point nommé. Son ex-équipier Jacques Laffite n'eut pas le même raisonnement en 1980 lorsqu'il s'imposa à Hockenheim. Selon son propre aveu, s'il y a bien une victoire qu'il ne voulait pas, c'était celle-ci et pour cause : Patrick Depailler s'était tué en essais ici-même quelques jours plus tôt et "Jacquot" n'avait guère envie de fêter quoique ce soit...

L'ironie du destin ne s'arrêta pas là pour Tambay : il remporta une seconde victoire tout aussi émouvante puisqu'elle se déroula en 1983 à Imola, lieu de la dernière course de Gilles douze mois plus tôt, et sur le terrain de Ferrari, avec des tifosi vénérant le Canadien comme un Dieu. Ceux-ci écrivirent même "Tambay, venge Gilles" sur son emplacement de départ, en référence à la consigne non-respectée de Pironi, qui provoqua l'ire de son ami et indirectement l'accident de Zolder selon beaucoup, dont Alain Prost.

Sa course fut marquée par des coupures intermittentes de moteur et même par un coup soudain sur son casque à un moment où Tambay se déconcentrait, bien qu'il ne décela aucune trace à l'arrivée. Ricardo Patrese en profita... pour mieux sortir de la piste après coup. Tout Italien qu'il était, le public s'en réjouit puisqu'une Ferrari allait l'emporter ! Cette même Ferrari refusa de parcourir le moindre mètre supplémentaire une fois la ligne d'arrivée franchie... Pour parachever le tout, cela resta la dernière victoire de Tambay...

Une décennie plus tôt, le hasard avait encore frappé : Mark Donohue, grand pilote américain, décéda des suites d'une hémorragie cérébrale en Autriche en 1975, après que sa tête ait frappé un panneau publicitaire. Penske, qui l'engageait à ce moment, le remplaça par John Watson, qui après quelques performances encourageantes, remporta sa première victoire et celle de son équipe... sur l'Osterreichring, un an après la disparition de Donohue ! Le Nord-Irlandais en fut quitte pour la disparition définitive de sa barbe, comme convenu avec Roger Penske en cas de victoire. Le circuit, grand spécialiste des victoires inattendues, vit Alan Jones ouvrir son compteur en 1977 et offrir à Shadow, autre équipe américaine, sa première et dernière victoire, comme Penske. Quelques mois plus tôt, son prédécesseur Tom Pryce avait succombé après avoir percuté un commissaire et son extincteur à Kyalami...

Il n'y a pas de plus belle victoire que celle de se relever de ces drames et continuer à vivre. L'équipe McLaren, en difficulté ou non actuellement, a largement eu le temps de bâtir sa légende après la mort du père fondateur Bruce. Son ami Denny Hulme ne fut pas innocent à cette réussite, lui qui anticipa son retour à la compétition dans la douleur alors que ses mains n'étaient guère remises des brûlures contractées aux 500 Miles d'Indianapolis la même année. Il ne remporta aucune course cette année-là ou en 1971 mais ce n'était que partie remise: trois ans plus tard, Emerson Fittipaldi imposa pour de bon le nom McLaren au Panthéon de la Formule 1. Son pilote le plus fidèle, David Coulthard, rendit lui aussi hommage à son équipe par la suite avec sa victoire sur l'A1 Ring en 2001 : elle intervenait peu après l'accident d'avion de Paul Morgan, co-fondateur d'Ilmor, associé de Mercedes.

Autre nom légendaire de notre sport favori : Williams. Sir Frank souffrit beaucoup de la mort de Piers Courage en 1970, si bien qu'il se refusa tout lien affectif avec ses pilotes par la suite. Néanmoins, il continua le combat, jusqu'à vendre ses effets personnels pour payer ses mécaniciens mais dix ans après, c'était son tour de vaincre contre l'adversité et de devenir un des acteurs majeurs de la discipline. Un seul autre pilote disparut au volant d'une de ses monoplaces et pas n'importe lequel : Ayrton Senna, lui qui avait fait son premier test pour la même équipe. Ainsi, aucune importance que la victoire de Damon Hill à Barcelone était en partie due aux soucis de boîte de Michael Schumacher (Benetton), elle intervenait à peine un mois après Imola. L'émotion était palpable dans une équipe pourtant peu portée sur le sentimentalisme. Celle-ci remporta même la coupe des Constructeurs en fin d'année grâce aux efforts de Hill, Coulthard et Nigel Mansell. Depuis, le "S" de Senna figure sur chaque Williams.

Hill remporta d'ailleurs les deux Grands Prix de Saint-Marin suivants, avant que Heinz-Harald Frentzen, premier choix pour remplacer Senna, ne connaisse son premier succès sur le même circuit. Idem pour Ralf Schumacher en 2001. Deux ans après, c'était la famille Schumacher entière qui courut le cœur gros : les deux frères déploraient la perte de leur mère entre les qualifications et la course. Pourtant, ils prirent le départ et Michael remporta même la course, la première de la saison après un début mitigé. L'Allemand retint ses larmes sur le podium avant de s'éclipser discrètement et pudiquement, laissant Jean Todt répondre aux questions en conférence de presse. Sifflé quelques mois plus tôt après les errements stratégiques de son équipe, Schumacher n'inspira qu'un seul et même sentiment ce jour-là : le respect.

Gageons que la Formule 1 nous offre un juste retour des choses, un jour ou l'autre...

Une des plus belles victoires de Schumacher. Keep fighting Michael.

Une des plus belles victoires de Schumacher. Keep fighting Michael.

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