Petits points, grand exploit : Osella

Publié le par Masta

Petits points, grand exploit : Osella

Avant que Minardi ne se fasse connaître comme l'équipe de fond de grille par excellence, une autre équipe italienne tentait de sortir de l'ombre avec les honneurs : Osella.

L'équipe, fondée par Enzo Osella, a eu le mérite de tenir une décennie complète à une époque où beaucoup ont lâché prise bien plus rapidement. Osella mena sa barque de 1980 à 1990 sous ce nom et le mot "barque" est approprié, tant les monoplaces prenaient l'eau en piste la plupart du temps... Heureusement pour elle, l'équipe était plus ou moins parrainée par un autre Enzo... En effet, Ferrari se servit régulièrement du petit constructeur afin de renforcer les rangs des "légalistes", au plus fort de la guerre entre la Fédération et la FOCA composée des teams anglais. Cela explique probablement sa longévité inhabituelle au vu de ses modestes résultats.

Osella compta malgré tout quelques très bons pilotes, parmi lesquels Jean Pierre Jarier. "Godasse de Plomb" apporta d'ailleurs les premiers points de l'équipe avec une quatrième place. Cette performance restera factice puisqu'elle eut lieu au cours du Grand Prix de Saint-Marin 1982, boycotté par la grande majorité des teams anglais pour protester contre les disqualifications de Nelson Piquet et Keke Rosberg plus tôt dans l'année au Brésil. Hélas, Osella participa à renforcer l'aspect tragique de cette année 1982 lorsque son pilote débutant Ricardo Paletti s'empala littéralement sur la Ferrari de Didier Pironi à Montréal.

Les vrais exploits sont intervenus deux ans plus tard, tout d'abord avec leur pilote maison Piercarlo Ghinzani, qui, comme Pierluigi Martini avec Minardi, fut mal récompensé pour sa loyauté. Néanmoins, le malheur des uns fait le bonheur des autres et il fallait bien une épreuve chaotique telle que Dallas 1984 pour combler Osella. Avec la dégradation manifeste du bitume, les erreurs se comptèrent à la pelle, notamment chez les favoris et Ghinzani en tira le meilleur parti. Il se permit même de devancer Corrado Fabi (Brabham) et Manfred Winkehock (ATS) et récupéra in extremis la cinquième place après la légendaire panne de Nigel Mansell.

Mais c'est à domicile, à Monza, que l'équipe passa près du pactole. Le temple de la vitesse fut particulièrement exigeant avec les mécaniques cette année-là, ce qui profita à Ghinzani et son équipier Jo Gartner, alors que leur moteur Alfa Roméo fut tout sauf un modèle de robustesse. Pour le coup, c'est l'essence qui manqua à Ghinzani, alors quatrième suite aux nombreux abandons ! Bonne nouvelle, Gartner reçut le drapeau à damiers et finit cinquième. Mauvaise nouvelle : le championnat n'en conserva aucune trace ! En effet, Osella n'avait engagé qu'une monoplace en début de saison, si bien que la performance de Gartner, non déclaré à l'ouverture au Brésil, ne pouvait être validée. Même mésaventure pour l'ATS d'un jeune Gerhard Berger, alors sixième...

Osella ne retrouva plus jamais le chemin des points. L'Alfa Roméo continua de casser ou de se traîner, les pilotes payants débarquèrent de tous les horizons (du Néerlandais Rothengatter à l'Italien Forini) de même que certains talents (le premier champion de F3000 Christian Danner, Alex Caffi, Nicola Larini...) mais le Top 6 se refusa obstinément à la petite Scuderia. Rothengatter passa proche à Adélaïde en 1985 avec la septième place mais ce fut la seule réelle éclaircie au milieu de tous ces abandons : aucune Osella ne vit l'arrivée en 1987 ! Pas de surprise, les pré-qualifications se firent une joie de les accueillir à partir de 1988 et les monoplaces se firent d'autant plus discrètes en course.

Le dernier baroud d'honneur fut signé Olivier Grouillard avec la huitième place acquise en qualifications à Phoenix en 1990, grâce à des Pirelli parfaitement adaptés à la fournaise de l'Arizona. Hélas, ce fut sans suite. Fondmetal, fabriquant de jantes (comme ATS), sponsorisait l'équipe depuis quelques années et finit par la racheter, mais ne dura que deux saisons pour disparaître en cours de saison 1992. Ironie de l'histoire, l'entreprise de Gabriele Rumi revint à la fin de la décennie re-badger les moteurs Ford de... Minardi. Le monde est petit, encore plus en Formule 1 et surtout pour les petites équipes...

Quatre ans plus tôt, "Godasse de Plomb" visait la victoire avec une Lotus...

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