Ralf Schumacher : piloter pour vivre et non vivre pour le pilotage

Publié le par Masta

Ralf Schumacher : piloter pour vivre et non vivre pour le pilotage

Si un mot peut parfaitement qualifier Ralf Schumacher, c'est "énigmatique". Personne n'a réellement compris le petit frère de Michael, et cette incompréhension n'a fait que se renforcer au fil de sa carrière. Pire encore, l'Allemand a fini par être relégué au rang des mauvais pilotes, ce malgré un palmarès tout à fait respectable de 6 victoires, 6 poles et 27 podiums en 180 Grands Prix. Son premier et son dernier coéquipier, Giancarlo Fisichella et Jarno Trulli, ont été moins victorieux mais gardent une meilleure réputation que leur ancien collègue. Pourquoi donc ?

Le sentiment qui s'est rapidement diffusé chez les observateurs sonne comme un cliché mais il reste réaliste : Ralf a toujours souffert d'être le "frère de", à plus forte raison lorsqu'il s'agit du plus grand pilote de son époque. Courir avec un illustre patronyme une génération plus tard est une chose, le faire en même temps en est une autre. Et comme pour chaque pilote qui n'a pas réussi à se faire un prénom en temps et en heure, une défaite et/ou un mauvais comportement est d'autant plus sanctionné. Autant Ralf a eu droit à son heure de gloire de 1999 à 2002 environ, celle-ci s'est rapidement envolée une fois que son coéquipier, le charismatique et explosif Juan-Pablo Montoya, commença à montrer les crocs. L'Allemand souffrait donc à la fois sur la piste et en dehors, bien qu'il s'en défendit à chaque fois.

Comme son frère, Ralf fuyait les caméras et les micros et n'a jamais été le plus à l'aise pour délivrer un discours passionnant, là où ses comparses, au choix attiraient la sympathie (Trulli) ou jouaient tout simplement avec leur image, consciemment ou non (Montoya). Une autre circonstance qui joua en défaveur de Ralf. Cela étant, si Michael fut souvent critiqué pour son manque de chaleur humaine en public, son implication dans son travail n'a jamais pu être contestée. Au contraire, c'est son engagement maximal à tout point de vue qui lui a permis d'être aussi victorieux alors qu'il n'était probablement pas, intrinsèquement, le plus talentueux de sa génération.

A côté, Ralf, une fois son âge d'or conclu, fut d'une irrégularité criante, passant de moments de grâce à de grosses absences, sans que personne, son équipe incluse, ne comprenne pourquoi. Comme si le pilote semblait perdre rapidement sa motivation, renforçant l'hostilité des observateurs à son égard. Au sein même du paddock, sa côte descendit en flèche. On rapporta ainsi qu'en 2004, apprenant le transfert de Schumacher chez Toyota, Peter Sauber s'autorisa une coupe de champagne car selon lui "avec Ralf, Toyota allait être plus facile à battre" !

Une fois chez Toyota, le petit frère s'adjugea un salaire astronomique qui ne semblait pas réellement refléter la qualité du bonhomme. Beaucoup eurent l'impression qu'il ne s'agissait que d'imiter le grand frère, qui disposait du même manager... S'il fit mieux que Jarno Trulli au championnat en 2005 et 2006, l'Italien l'avait en réalité sérieusement malmené la première année et n'a guère été gâté pour la seconde puisqu'il dut attendre la neuvième course pour marquer ses premiers points. 2007 fut définitivement la saison de trop avec un pilote qui ne semblait absolument pas concerné par ce qu'il faisait.

On en vint à se demander si Ralf Schumacher aimait-il vraiment la F1 ou s'il s'était senti forcé, à un moment donné, de continuer grâce au chèque à huit chiffres lui permettant de mettre plusieurs générations de Schumi à l'abri. Au vu de ses dernières saisons ou de son irrégularité chronique, on était en droit de penser que contrairement à ceux qui vivaient pour le pilotage, Ralf pilotait pour vivre. Sa lassitude devint criante lorsqu'il déclara qu'il ne connaissait pas vraiment son frère, alors que Ralf avait passé beaucoup de temps avec lui en tant que mécano lorsque Michael était kartman...

Il était donc facile de tirer sur l'ambulance : plus assez rapide, pas motivé, trop peu charismatique, Ralf n'avait plus sa place pour les observateurs extérieurs. De plus, son manque de sympathie se fit également sentir en interne. Il se fâcha avec Jordan lorsque l'équipe l'empêcha de se confronter à Damon Hill à Spa 1998 et choisit d'ignorer des consignes en 2001 lorsque Williams lui demanda de laisser passer Montoya, sur une stratégie différente de la sienne. Trois ans plus tard, après une touchette avec David Coulthard en Chine, il dut dégager de la ligne des stands pour laisser Montoya ravitailler et refusa de reprendre la piste alors que sa monoplace ne souffrait que d'une crevaison. Sans surprise, le Colombien fit remarquer qu'il s'entendit bien mieux avec l'Allemand une fois qu'ils n'étaient plus équipiers.

Il faut néanmoins lui rendre justice : lorsqu'il se sentait concerné, il était perçu comme l'un des meilleurs jeunes talents de la discipline et à ce moment, peu de gens osaient contester cela. Sa saison 1999 sur une Williams hors du coup força le respect, il ne se laissa pas déborder par les débuts de Jenson Button en 2000 et ressortit indemne de sa première année de collaboration avec Montoya en 2001. Il était même un prétendant crédible au titre en 2003 durant la mi-saison... avant de perdre pied, non aidé il est vrai par une équipe Williams toujours défaillante stratégiquement parlant.

A la fin de cette année, il lança cette phrase qui résume bien l’ambiguïté du personnage : "Moi, chaque fois que je fais ce que je pense être normal ou que je commets une erreur, les gens en font tout un plat", pour ajouter qu'il se fichait de ce que les gens pensent. Contradictoire, n'est-ce pas ?

Son transfert de Williams à Toyota ne fut pas couronné de succès...

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