Ralf Schumacher : un potentiel certain...

Publié le par Masta

Ralf Schumacher : un potentiel certain...

Ralf Schumacher a souvent été décrié au point d'être raillé par de nombreux fans, c'est un fait. Ce qui est également établi, c'est que l'Allemand, avant de davantage considérer son métier comme un gagne-pain, était loin d'être manchot derrière un volant.

S'il manqua de peu le titre en F3 Allemande face à Jorg Muller (futur pilote de développement de BMW) puis Norberto Fontana (intérimaire chez Sauber en 1997), il choisit d'imiter Eddie Irvine et Heinz-Harald Frentzen pour courir en Formule Nippon. Choix judicieux puisqu'il remporta le championnat et intéressa quelques équipes, y compris McLaren pour qui il fit quelques tests. Ce fut finalement Jordan qui engagea Ralf, moins de six ans après avoir révélé son frère au grand public.

Face à Giancarlo Fisichella qui sortait d'une demi-saison convaincante chez Minardi, Ralf ne se laissa pas faire, au point d'accrocher son équipier en Argentine ! Avertissement sans frais puisque le petit Schumacher finit troisième pour sa troisième course, devenant ainsi le plus jeune pilote à monter sur un podium (21 ans et 9 mois). L'Italien en prit bonne note et reprit le dessus par la suite mais son voisin de garage réussit à aligner quatre arrivées consécutives dans les points. Hélas, il se fit aussi remarquer par un accrochage évitable avec Johnny Herbert en Italie, où il tassa dangereusement le vétéran anglais en bout de ligne à droite à plus de 300km/h...

Le potentiel y était, il fallait le canaliser. Face au champion du Monde 1996, Damon Hill, Ralf Schumacher ne fut pas malmené en performance brute. Par contre, il multiplia les erreurs de jugement en première moitié de saison pour compenser les lacunes d'une Jordan hors du coup : à Melbourne, à Interlagos et surtout Montréal au deuxième départ. Heureusement il corrigea le tir durant la seconde moitié avec une très belle remontée jusqu'à la sixième place en Angleterre, une sympathique lutte avec son frère en Autriche avant de menacer un temps les McLaren pour la tête en Allemagne grâce à une stratégie décalée. C'est néanmoins en Belgique où il fut le plus proche de la victoire puisqu'il rattrapait par poignées de secondes son équipier. Conscient de la possibilité d'un accrochage entre ses deux voitures alors qu'un doublé histoirique lui tendait les bras, Eddie Jordan gela les positions, ce que Ralf n'apprécia guère.

Convaincu qu'il lui fallait changer d'air, Williams le permuta avec Frentzen pour 1999, ce qui reste la meilleure saison de Ralf. Sur une Williams au châssis correct mais perfectible et sous-motorisé par un Supertec recyclant les derniers stocks de Renault, l'Allemand impressionna son monde. Non seulement il écrasa sans pitié Alessandro Zanardi (lequel ne s'est jamais vraiment adapté aux F1 modernes), mais il multiplia les performances de choix, entre plusieurs podiums et places d'honneur acquises aux forceps. Troisième en Australie et en Angleterre, deuxième en Italie, quatrième au Brésil, Canada et Allemagne, il recueillit surtout des louanges à Magny-Cours et au Nurburgring. Brillant sous la pluie (comme l'année précédente à Silverstone et Spa), il dépassa son frère sur la fin en France avant de se jouer des éléments à domicile. Il conserva les pneus secs malgré les inverses intermittentes et ne fit pas la moindre erreur. La victoire aurait dû récompenser cet effort mais une crevaison le relégua quatrième

Tout naturellement, Williams le conserva l'année suivante et l'opposa au jeune britannique Jenson Button. Si celui-ci fut la révélation de la saison au point de parfois rejeter son équipier dans l'ombre, Ralf ne se laissa pas déborder. C'est même cette saison que les duels avec son frère se multiplièrent, notamment en Espagne où Michael, victime d'une crevaison lente, bloqua Ralf pour laisser passer Rubens Barrichello. Sa saison fut sur le même modèle que 1999 : quelques podiums (trois) et de nombreux petits points. Parfois la mécanique le stoppa en plein élan (Imola, A1 Ring, Indianapolis), parfois il se pénalisa tout seul (Nurburgring, Monaco, Suzuka). Néanmoins, il semblait acquis qu'avec la progression de BMW, Ralf allait finir par gagner des courses, au moins.

Il confirma les pronostics en 2001 puisqu'il ouvrit enfin son compteur à Imola avant de se répéter à Montréal puis à domicile à Hockenheim. Hélas pour lui, Juan-Pablo Montoya débuta cette année-ci et attirait bien plus les regards grâce à son style sans concession et son franc-parler. Du coup, l'intérêt des médias passa en cours de saison d'une lutte Michael-Ralf à une opposition Schumacher-Montoya. Les deux équipiers furent souvent confrontés par la presse mais leur relation de travail ne fut jamais entachée comme celle entre Nelson Piquet et Nigel Mansell une quinzaine d'années plus tôt, chacun restant courtois l'un envers l'autre.

C'est à partir de là que l'on commença à remarquer les premières fêlures dans la carcasse de Ralf. Non seulement il continua à se payer quelques figures libres (au Brésil, en Espagne, aux États-Unis) mais en plus il perdit rapidement patience face à la défense caractéristique de son frère au départ au Nurburgring. La curieuse pénalité de 10 secondes pour le franchissement de la ligne blanche de sortie des stands n'arrangea rien étant donné qu'il était le premier à être sanctionné pour ce détail. S'il s'était imposé à la régulière face à Michael à Montréal, il pouvait aussi remercier le bon rendement de ses pneus Michelin, tandis que sa victoire en Allemagne fut favorisée par la casse moteur de Montoya. Sa course brouillonne de Suzuka (circuit qu'il adorait) par rapport à un Montoya étonnamment propre semblait le confirmer : l'âge d'or de Ralf Schumacher touchait déjà à sa fin...

En 1999, Ralf Schumacher imposa le respect, y compris avant la blessure de son frère Michael

En 1999, Ralf Schumacher imposa le respect, y compris avant la blessure de son frère Michael

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