Mexique 1964 : A qui perd gagne !

Publié le par Masta

Mexique 1964 : A qui perd gagne !

Le Grand Prix de Mexique a souvent trouvé sa place en fin de calendrier au cours de son histoire. Grâce à cela, le championnat s'est décidé à trois reprises sur le circuit Hermanos Rodriguez. Si les dénouements de 1967 et 1968 n'ont pas manqué de sel avec les couronnements du discret Denny Hulme et de l'éclectique Graham HIll, celui de 1964 est sans conteste le plus marquant.

L'ère des moteurs 1,5 litre battait son plein, et à cette époque, un pilote était le N°1 incontestable et incontesté : Jim Clark. Champion dominateur en 1963, l'Ecossais était bien parti pour doubler la mise l'année suivante. C'était sans compter sur la fragilité légendaire des Lotus, conséquence de l'obsession de son concepteur Colin Chapman à rendre ses monoplaces les plus légères possible. Ainsi, non seulement la Ferrari du champion motocycliste John Surtees et la BRM du champion 1962 Graham Hill restèrent en course pour le titre jusqu'au dernier Grand Prix, mais en plus Clark était le moins bien placé des trois prétendants. Il lui fallait donc absolument l'emporter au Mexique et espérer que ses rivaux ne se classent pas trop bien.

Dans un premier temps, les circonstances souriaient au leader du championnat, en l'occurrence Graham Hill. Troisième derrière Clark et Dan Gurney (Brabham), les quatre points lui suffisaient pour s'assurer du titre. C'est alors qu'intervint l'équipier de Surtees, Lorenzo Bandini. Le vainqueur du premier Grand Prix d'Autriche de l'histoire devait servir de lièvre pour son équipier et éventuellement prendre des points aux deux autres britanniques. Il remplit son rôle un peu trop bien puisqu'il percuta Hill dans une épingle. Le père de Damon dut rentrer aux stands pour réparer ses échappements tordus sur un rail et était à son tour dépendant des résultats des autres. Il était de bon ton de croire à une manœuvre volontaire de la part de l'Italien, ce qui n'est pas exclu en soi, mais il s'agissait davantage d'une erreur d'appréciation aux conséquences bienheureuses.

On pensait la cause entendue pour Clark puisque sa Lotus tenait toujours, là où les Ferrari étaient même larguées par la Brabham de Gurney. Bandini pouvait bien laisser passer son chef de file, cela ne changeait rien au classement final : Surtees devait finir deuxième. C'est alors qu'une traînée d'huile fit son apparition sur la piste. De qui provenait la fuite ? Jim Clark choisit de modifier sa trajectoire afin de s'assurer qu'il n'était pas concerné. Au tour suivant, il y avait deux traces d'huile ! Une fois encore, la mécanique trahit Clark, cette fois au pire moment possible. Plus cruel encore, sa Lotus s'arrêta à l'avant-dernier tour ! Tout ça pour un boulon mal serré...

Avec le champion en titre hors-jeu, Surtees grimpait sur le podium mais il lui fallait finir deuxième pour devancer Hill. Heureusement, l'état-major de Ferrari eut le temps de prévenir Bandini,afin qu'il joue son rôle de N°2 avant qu'il ne soit trop tard. Gurney remporta donc sa deuxième victoire de l'année, une nouvelle fois après un abandon de Clark, et Surtees devint champion du Monde. Encore aujourd'hui, le pointilleux Anglais reste le seul à avoir triomphé au plus haut niveau sur deux et quatre roues. Histoire de rendre ce triomphe plus incongru, sa Ferrari était blanche et bleue ! La Commission Sportive italienne avait refusé d'homologuer le dernier modèle de voiture de route de la marque, si bien qu'Enzo Ferrari menaça de ne plus jamais aligner de Ferrari en compétition ! D'où l'engagement de ces monoplaces sous les couleurs du North-American Racing Team (le bleu et blanc étant les couleurs automobiles des Etats-Unis), le temps que la Fédération retourne sa veste...

Si John Surtees prouva durant sa carrière qu'il méritait bien un titre mondial en soi, il pouvait aussi bien remercier les circonstances de course que les maudire, lui qui désirait avant tout compter sur lui-même, au point de fonder sa propre équipe. Ce qui est fréquemment oublié, c'est que le règlement joua aussi en sa faveur. En effet, beaucoup gardent en mémoire la saison 1988 où, malgré ses 105 points contre 94 pour son rival, Alain Prost perdit le titre en faveur d'Ayrton Senna, grâce à la règle des onze meilleurs résultats qui sanctionnait la régularité chère au Professeur. En 1964, six résultats seulement étaient comptés sur dix courses et Graham Hill perdit ainsi le septième : il s'agissait d'une cinquième place lui donnant deux points. Deux points qui lui auraient permis de devancer Surtees au championnat...

A l'époque, on ne pouvait être plus près de l'action...

A l'époque, on ne pouvait être plus près de l'action...

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Ken16 16/08/2017 22:44

Magnifique ces courses à l'époque, avec la fiabilité qui jouait le plus gros rôle. Aujourd'hui, ce serait peut être l'équivalent des pneux.