Deuxième victoire : l'école de la patience (1/2)

Publié le par Masta

La première victoire n'est que plus belle lorsqu'elle arrive après une longue attente et qu'elle échoit à un pilote parmi les plus méritants. Cependant, ceci est aussi valable pour toutes les victoires acquises après de nombreuses années d'efforts. Après tout, une fois monté sur la plus haute marche du podium, l'objectif est de renouveler l'exploit le plus souvent possible. Et si certains grands noms n'ont jamais eu cette chance, d'autres durent ronger leur frein pour ne serait-ce que doubler la mise.

Deuxième victoire : l'école de la patience (1/2)

Champions de la patience

Parmi nos têtes couronnées en manque de réussite après une première coupe, Mario Andretti se pose là. Nul n'a attendu plus longtemps que lui pour conquérir un deuxième trophée et faire retentir son hymne national : plus de cinq ans et demi et 82 Grands Prix ! Il faut dire que « Super Mario » a longtemps rechigné à s'aligner de manière permanente en Formule 1, lui qui restait attaché aux compétitions américaines, ce qui minimisait donc ses chances de réussite. D'un autre côté, il ne bénéficiait pas non plus du meilleur matériel. Ferrari s'égara au début des années 70 après son succès initial à Kyalami en 1971 et il fallait tout la vista de Jacky Ickx dans les circonstances qu'il affectionne (comprenez : la pluie et le Nordschleiffe) pour faire triompher la Scuderia. Ensuite, le défi Parnelli ne fut guère concluant en dépit de quelques performances intéressantes. Il se stabilisa pour de bon en 1976 avec Lotus et fit triompher la monoplace noir et or lors du final mythique de Fuji. Son talent et l'effet de sol made by Chapman firent le reste.

La patience, Jenson Button la connaît. 113 Grands Prix avant la délivrance de Budapest 2006 et 169 courses pour décrocher le titre mondial. Or, entre le succès hongrois et le conte de fée de Brawn GP en 2009, l'Anglais eut droit à une nouvelle dose de vaches maigres. En cause, un constructeur Honda en totale perte de vitesse et qui se distingua davantage par sa livrée écologique que par ses performances. Button ne baissa pas les bras pour autant mais fut contraint de récupérer de maigres points et risqua même la fin de carrière lorsque Honda mit les voiles. Son patron Ross Brawn lui offrit une nouvelle chance qu'il sut saisir, plus de deux ans et une quarantaine de courses après Budapest.

Aujourd'hui Jenson est le vétéran du plateau, au même titre que Fernando Alonso et Kimi Räikkönen. Ces trois-là sont pourtant les premiers à avoir définitivement instauré la mode du jeunisme en Formule 1, prouvant « qu'aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années ». Ce qu'ils s'empressèrent de démontrer en 2003... pour mieux souffrir en 2004. Chacun patienta plus d'un an pour retrouver la place qui leur revenait de droit. Kimi joua surtout la régularité en 2003 mais passa une bonne partie de l'année suivante à briser du Mercedes, avant d'inaugurer son règne sur Spa-Francorchamps. Il conserva ainsi une bonne côte là où Fernando, plus erratique sur la piste et turbulent dans ses propos, souleva quelques sourcils à souffrir de la comparaison avec Jarno Trulli, et finit l'année sans victoire. Heureusement, les saisons 2005 et 2006 servirent de réponse à ses détracteurs.

Alonso devint ainsi à l'époque le plus jeune champion du Monde, battant Emerson Fittipaldi. Un autre exemple de jeune pilote ayant vite gagné pour mieux patienter : aucune victoire en 1971 après son succès de Watkins Glen en fin d'année dernière. D'un autre côté, le Brésilien restait inexpérimenté et il subit un accident de la route en cours de saison qui l'affaiblit quelque peu. Aussi, Colin Chapman dépensa de l'énergie en pure perte afin de rendre compétitive la Lotus 56 à turbine, pourtant inadaptée aux circuits sinueux de la F1. Une fois retourné vers le modèle 72, tout s'arrangea. Il devint même le plus jeune double champion du Monde, avant d'être devancé deux décennies plus tard par Michael Schumacher. Et ironie du sort, lui aussi connut au moins un an d'intervalle entre sa première victoire et la deuxième. Sa Benetton était prédisposée aux autres marches du podium, et l'Allemand se positionna généralement aux côtés du vainqueur. Mais à Estoril en 1993, l'Allemand tint la dragée haute à Alain Prost, de toute façon assuré de son dernier titre. Il effectua, mine de rien, un passage de témoin, lui qui s'appropria les records auparavant détenus par le Professeur.

Deuxième victoire : l'école de la patience (1/2)

Victoires au compte-goutte

D'autres pilotes manquèrent le train les amenant vers la couronne mondial mais ils eurent le temps de l'admirer de près, non sans patienter à leur tour entre deux douches au champagne. John Watson est le deuxième pilote de la liste après Andretti : 4 ans, 11 mois et 76 GP. En dehors de sa lutte pour le titre presque circonstancielle en 1982, le Nord-Irlandais est connu pour deux choses : ses remontées du fond de grille sur circuits urbains et pour avoir rasé sa barbe lorsqu'il remporta le Grand Prix d'Autriche 1976 pour Penske. Ce fut la seule victoire du légendaire constructeur américain qui prit un aller simple pour l'Amérique peu après. Watson rejoignit Brabham mais son moteur Alfa Roméo le pénalisa plus qu'autre chose avant de faire les frais de la période noire de McLaren, se situant entre le titre de James Hunt et la prise de pouvoir de Ron Dennis. Se faire dominer par un débutant français au nez cassé n'arrangea rien en 1980. Et pourtant, c'est lui qui imposa la McLaren MP4/1 à coque en carbone en 1981 à Silverstone, le rappelant au bon souvenir de tous.

Clay Regazzoni avait lui surtout fait les beaux jours de Ferrari mais souffrit davantage de la comparaison avec Niki Lauda que Watson. Il faut dire que l'Autrichien était encore plus diabolique avant son accident du Nurburgring. Mais le Suisse n'en était pas encore là en 1970 lorsqu'il triompha à Monza et que les tifosi le portèrent en triomphe, en dépit du deuil de la veille avec la mort du futur champion Jochen Rindt. Par contre, comme Andretti, il ne put rien faire par la suite tant que Ferrari multipliait les ingérences politiques. Fiat remit de l'ordre avec l'arrivée de Luca di Montezemolo, ce qui encouragea le retour de Regazzoni, exilé chez BRM où il fréquenta Lauda. Il le conseilla à sa hiérarchie, pour son plus grand malheur. C'est pourtant lui qui menait la barque en 1974 et mit enfin fin à sa longue attente en triomphant au Nurburgring (3 ans,3 mois, 52 courses). Le titre passa proche et ne lui rendit plus jamais visite.

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