1988, le clash des Titans

Publié le par Masta

Le plus grand duel de l’histoire de la Formule 1 a connu ses premiers rounds durant l’année 1988. Un millésime consacrant la McLaren MP4/4, une des meilleures monoplaces de son sport, et Ayrton « Magic » Senna au détriment de Alain « Professeur » Prost. Est-ce tout ce qui fait le sel de cette saison ? Non, bien entendu.

@ F1-history.deviantart

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A qui gagne… perd ?

Avec huit victoires contre sept et surtout treize poles contre deux, Senna a clairement mérité son titre. Ajoutez à cela une expérience moindre et un nouvel environnement à appréhender – quoique Honda a bien facilité les choses – le tout face au meilleur pilote du moment. Prost lui-même n’a eu aucun mal à saluer la performance de celui qui n’était pas encore devenu un ennemi.

Pourtant on oublie souvent qu’au baisser du drapeau à Adélaïde, Prost avait marqué plus de points que Senna ! Avec 105 points contre 94, le Français aurait pu et dû être sacré champion. C’est là que la règle des « meilleurs résultats » entre en jeu, 11 retenus sur 16 dans ce cas. Crée à la base pour valoriser les victoires au détriment des points intermédiaires, elle s’est révélée ici particulièrement injuste envers la régularité conquérante de Prost : sept victoires et sept secondes places ! 18 points se sont retrouvés annulés contre 4 pour Senna, donnant l’avantage final au Brésilien.

Ce cas de figure s’est aussi appliqué en 1964, où le décompte total des points aurait abouti au titre de Graham Hill et non de John Surtees…

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La March de l'empereur

C’est en cette année 1988 que le talent d’Adrian Newey a été révélé au microcosme de la Formule 1. Passé maître dans l’art de contourner les problèmes, il se servit au mieux de l’absence de turbo sur sa March pour davantage soigner l’aérodynamique. En résulta la très belle 881 couleur turquoise et son nez visiblement détaché du sol pour améliorer l’écoulement de l’air et l’adhérence générale. Un principe qui n’était donc pas si nouveau lorsque Tyrrell le hissa plus haut encore en 1990.

Si les modèles de Newey avaient le plus grand mal à digérer les tracés bosselés et n’offraient que peu de places à leurs pilotes, leurs performances finirent par attirer l’attention. La fin de saison marqua les esprits avec la deuxième place de Capelli à Estoril, performance qu’il convoitait à Suzuka avant son abandon. Il eut le temps de mener un tour, le seul d’une voiture atmosphérique en 1988.

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Des grilles surpeuplées

La fin des années 80 a vu bon nombre de team managers et divers industriels sauter le pas. On eut même besoin d’une séance de préqualifications pour effectuer un premier tri. Avec la popularité grandissante du sport, il y avait de quoi s’approprier une part du festin sans trop dépenser. Du moins c’est ce qu’on pensait puisque fin 1992, aucun tri préliminaire ne fut nécessaire pour obtenir une grille à 26 partants… Ce qui sous-entend que beaucoup de ces artisans ont eu droit à une carrière assez courte dans la discipline.

Ainsi, après AGS (fin 1986) et Coloni (fin 1987), trois nouvelles équipes se sont lancées en 1988 : Rial, Eurobrun, et la Scuderia Italia, généralement évoquée sous le nom Dallara puisqu’étant associé avec le concepteur de châssis du même nom. La première voyait le retour du colérique Gunther Schmidt, patron d’ATS, équipe allemande ayant animé la décennie jusque 1984. Ses caprices et le manque de fonds poussa Rial à l’abandon au bout de deux années. Eurobrun ne perdura qu’une saison de plus tandis que la Scuderia Italie insista jusque 1992 avec Dallara, avant de sombrer pour de bon l’année suivante en collaborant avec Lola.

Au moins cette année-là Rial marqua trois points à Detroit grâce au père spirituel de Pastor Maldonado (Andrea De Cesaris) et Eurobrun lança la carrière du prometteur (mais talent gâché) Stefano Modena. Dallara eut le plaisir de connaître l’un ou l’autre podium via le même De Cesaris en 1989 et JJ Lehto (Jyrki Järvilehto) en 1991.

On ne pourra pas en dire autant de Life et Andrea Moda !

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Un tour dans le subconscient

La pole position d’Ayrton Senna à Monaco en 1988 est souvent considérée comme le meilleur tour de l’histoire. Outre la performance intrinsèque – Prost relégué à une seconde et demi, Berger devancé de deux secondes et demi ! – on peut comprendre via les mots de Magic que Senna méritait bien son surnom et que sa concentration ne connaissait aucun équivalent.

« Je ne m’arrêtais plus d’attaquer et soudain, je me suis aperçu que je n’avais plus conscience de piloter. Je le faisais avec une sorte d’instinct comme si j’étais dans une autre dimension. J’ai eu l’impression que le circuit entier était un tunnel. J’étais au delà de la limite mais toujours capable d’aller encore plus loin. Puis, soudain, j’ai eu comme un flash et ma réaction a été de lever le pied immédiatement. Je suis rentré lentement au stand, cela m’avait effrayé ». Prost traduira cela par « Il a vu sa monoplace de l’extérieur ».

Ironiquement, c’est justement un défaut de concentration – mis au courant de la remontée de Prost – qui le poussa à la faute le lendemain en course. Ce qui lui fit comprendre qu’il n’avait pas encore atteint son paroxysme et qu’il fallait aller encore plus loin pour vaincre. Ce qu’il fit

@ F1-history.devianart

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Statistiques diverses

– Première saison de Mauricio Gugelmin, Stefano Modena, Gabriele Tarquini, Luis Perez-Sala, Bernd Schneider. Seule course de Jean-Louis Schlesser en Italie.

– Premier podium d’Alessandro Nannini (Angleterre) et Ivan Capelli (Belgique)

– Premiers points de Mauricio Gugelmin et Pierluigi Martini, de Rial et Minardi

– Premier podium de Judd (Angleterre), premier et seul podium de Megatron (Italie)

– Dernier Grand Prix des Etats-Unis à Detroit

– Dernier Grand Prix pour les moteurs turbocompressés jusque 2014

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