Ron Dennis, le gardien de la marque McLaren

Publié le par Masta

Peu de directeurs d'écurie se sont autant confondus avec l'équipe qu'ils ont dirigé que Ron Dennis. S'il n'est ni le fondateur de McLaren ou le successeur de celui-ci, le manager britannique a clairement laissé son emprunte, à différents niveaux, jusqu'à personnaliser l'équipe à son image.

 

Image : F1-history.deviantart

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Un perfectionniste précurseur

S'il n'avait que la trentaine au moment de prendre les rennes de McLaren en fin d'année 1980, Ron Dennis connaissait déjà son sujet. Ayant fait ses gammes chez Cooper, il a fini par devenir chef mécanicien chez Brabham. Une équipe sans fioritures, où l'efficacité primait avant tout. Cela n'empêcha pas Ron de gaffer en 1970 puisqu'il provoqua, malgré lui, la panne d'essence de son patron-pilote à Brands Hatch ! En effet, la fraîcheur matinale britannique avait poussé Dennis à faire démarrer le moteur avec un mélange riche de carburant. Le problème, c'est qu'il laissa la Brabham configurée de cette façon pour la course...

Qu'à cela ne tienne, Ron se sentait prêt pour voler de ses propres ailes. Il descendit d'un cran en F2 et fonda l'équipe Rondel en association avec Neil Trundle, un ancien associé de Brabham. Certes, pour commencer, il fallut occuper l'atelier d'une ferme, Trundle dut vivre chez les parents de Dennis et le financement fut acquis par le biais du beau-père de ce dernier ! Il n'empêche que Ron soignait déjà les moindres détails. L'équipe fut nommée en associant les syllabes Ron et "Dle" de Trundle mais Dennis choisit de l'appeler "Rondel" et non "Rondle" car cela sonnait bien en français. Le matériel était si soigné que la presse en touchait quelques mots. Dennis choisit même de s'équiper d'un porte-document pour illustrer son professionnalisme.

Rondel aligna d'abord des Brabham gracieusement cédées par l'équipe avant de fabriquer ses propres châssis. Les succès s'accumulèrent grâce aux efforts de pilotes chevronnés comme Graham Hill et Carlos Reutemann, alors débutant. Le problème, c'est que Ron Dennis voulait tellement soigner son image qu'il avait dépensé sans compter. A quoi bon posséder une usine avec un sol carrelé si c'était pour accumuler les dettes ? De plus, le soutien du pétrolier Motul fut éphémère puisque la crise de l'or noir n'allait pas tarder à frapper. Ce qui torpilla par ailleurs le premier projet d'équipe F1 de Dennis, qui leva l'ancre. Ses financiers (Tony Vlassopoulo et Ken Grob) tentèrent le coup avec Token en 1974 mais sans succès.

Dennis revint en F2 avec Project 3 puis Project 4, d'où la présence du P4 dans les noms des McLaren. Son expertise n'échappa pas à Marlboro, désireux de relancer une équipe McLaren mal en point. En fin d'année 1980, Ron prenait place dans ce qui allait être sa maison pour une trentaine d'années.

Image : F1-history.deviantart

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A fond la forme

Les McLaren ont rarement été disgracieuses sous les ordres de Ron Dennis. Les passionnés gardent en mémoire la fameuse livrée West de 1997 à 2005, avec un gris argenté du plus bel effet qui collait parfaitement avec Mercedes. C'est oublier que West avait déjà fait irruption en F1 avec l'équipe Zakspeed dans la deuxième moitié des années 80. Et à cette époque, la livrée était rouge, comparable à celle de Marlboro, l'ancien sponsor-titre de McLaren.

Car pour Ron Dennis, il était hors de question que les sponsors exigent de poser leurs propres couleurs et que sa voiture ait l'air d'un "arbre de Noël" pour reprendre ses termes. Ce n'était pas par simple coquetterie esthétique, il s'agissait d'une question d'image. La livrée représentait l'esprit de l'équipe selon lui. C'est pourquoi il considérait qu'il était difficile de prendre Jordan au sérieux avec son fameux jaune... Résultat, McLaren imposait sa livrée personnelle avec trois couleurs primaires : le noir, le blanc et le rouge. Les deux premiers offraient une lisibilité optimale et le dernier permettait de relever l'ensemble.

Ce désir de soigner la forme habitait son patron jusqu'aux ongles. La livrée McLaren fut déposée et Ron multiplia par dix la surface de son atelier de peinture pour l'occasion. Il précisa même que cette livrée fut obtenue après avoir étudié... les dauphins et la faune marine ! En effet, des poissons avaient un ventre clair et un dos noir, créant un dégradé qui a fortement plu au patron. Enfin, les courbes de ses monoplaces devaient être aussi harmonieuses. Une excentricité telle que la Williams "raie-manta" de 2004 ne pouvait décemment sortir des ateliers. Si deux solutions techniques permettaient d'obtenir le même avantage sur la piste, l'équipe se devait de choisir la plus belle. Et cela s'est vu.

Image : DR

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De la ferme au château...

Bien évidemment, cette maniaquerie s'appliquait au quotidien pour à peu près tous les aspects. Ron se considérait comme "le gardien de la marque, le vecteur de l'image de McLaren" A son sens, même l'expression d'un visage ou la façon dont on est habillé influe sur une décision. D'où l'emploi de l'attaché-case dès ses débuts chez Rondel. Il choisit donc de soigner aussi bien l'usine et le motorhome, maintenant qu'il en avait les moyens.

On a ainsi eu droit au complexe Paragon (le McLaren Technology Center) avec des pièces communes portant le nom d'un Champion du Monde de l'équipe et où même le beurre était frappé du logo McLaren ! Durant la même période (2002), McLaren présenta son nouveau motorhome, le McLaren Communication Center, qui avait davantage l'air d'un château. Il remit d'ailleurs le couvert cinq ans après avec un modèle encore plus extravagant. Les mécaniciens quant à eux portaient des uniformes calqués sur ceux des astronautes. Liste non exhaustive...

Image : DR

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Le mieux est l'ennemi du bien ?

Un autre aspect intriguant chez Ron Dennis était sa communication. Timide et réservé, l'Anglais est le premier à reconnaître qu'il aurait aimé pouvoir mieux retranscrire ses pensées, à l'oral comme à l'écrit. Des journalistes l'ont ainsi accusé d'utiliser un langage incompréhensible, au delà même du formaté ou du politiquement correct. Il s'est néanmoins vanté de ne pas savoir mentir. Une affirmation qui a été grandement remise en question lorsque l'affaire d'espionnage explosa en 2007, puisque Ron déclara avec le plus grand sérieux n'avoir jamais été mis au courant de ce qui se tramait dans son équipe. Pour quelqu'un qui aime contrôler chaque détail, cela sonnait plutôt faux...

Il faut dire qu'à force de prendre du galon, Dennis avait fini par s'éloigner de la gestion quotidienne de son équipe. On se gaussait d'ailleurs du manque de résultat de son équipe au début des années 2000, car ceci coïncidait avec la construction des bâtiments susnommés. Là encore, la forme semblait primer sur le fond. McLaren finit par renouer avec le titre en 2008 mais non sans avoir affronté une désastreuse saison 2007. Depuis, on attend toujours une nouvelle couronne...

Image : F1-history.deviantart

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"J'ai l'ADN de McLaren en moi"

Si Ron Dennis prit une première fois du recul en 2009, il revint malgré tout au pouvoir en 2014. Jamais il n'envisagea de quitter l'équipe. Son attachement envers McLaren était si fort qu'il ne se voyait pas virer de bord, que ce soit pour diriger une autre équipe ou pour occuper de plus grandes responsabilités à la FIA ou à la place de Bernie Ecclestone. "J'ai en moi l'ADN de McLaren" a t-il dit un jour. Pour lui, il fallait être totalement neutre et après avoir passé autant d'années dans cette équipe, comment le rester ? C'est pourquoi il voyait l'élection de Jean Todt d'un mauvais œil.

Cependant, Ron n'a jamais cherché à rebaptiser McLaren pour la nommer "Dennis". L'opportunité s'est présentée quelque fois mais Dennis se présentait en fervent défenseur des valeurs de Bruce McLaren. De plus, il voulait une marque forte pour elle-même, non pas par rapport à son dirigeant. Surtout si celui-ci finissait par être débarqué. L'ironie veut qu'il ait déclaré en 2007 qu'il resterait en place aussi longtemps que les actionnaires voudraient de lui. Prémonitoire...

Ron a également dit qu'il ne voulait pas être un livre mais un chapitre. S'il restait en vie suffisamment longtemps pour lire les autres chapitres que d'autres gens écriront, surtout si ceux-ci sont meilleurs que les siens, il en sera ravi. Puisse t-il l'être à l'heure où McLaren doit retrouver la place qui est la sienne, à savoir sur les premières lignes et les marches du podium.

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